25-06-2015

Encore une réforme scolaire

Bien que cela soit de toute évidence un sport assez répandu en ce moment, il est quand même intellectuellement assez difficile de se prononcer sur la réforme du collège sans y enseigner – et n’écoutant que mon courage, je ne vais clairement pas m’y risquer. Cela dit, ça n’empêche pas d’être frappé par le décalage entre l’unanimisme sur la nécessité d’une réforme, et le fait que pas grand monde ne soit satisfait quand elle arrive. Même si c’est sans doute un peu le destin de toute réforme (faire des mécontents), il semble quand même qu’il se passe quelque chose au sujet du collège (parce qu’il s’agit de vos enfants, braves gens), de plus sensible (mention spéciale à la très fine et nuancée référence au « Massacre des innocents ») et en même temps de plus récurrent qu’ailleurs. En fait, on dirait même très précisément que personne n’est JAMAIS content dès qu’il s’agit de réformer les méthodes et les contenus de l’enseignement. Et qu’on est un peu condamnés à rester indéfiniment dans le registre de la déploration. Sans même aller jusqu’à Socrate, qui estimait déjà que l’apparition de l’écriture avait fait beaucoup de tort à l’apprentissage pour les jeunes générations (en affaiblissant leur mémoire) ; on peut tout de même noter que globalement, dans un sens ou dans l’autre, on voit mal au fil de l’histoire la réforme de l’enseignement qui aurait été bien accueillie. Puisque le débat sur cette réforme se cristallise assez largement autour des langues anciennes, on peut déjà symboliquement commencer par la très tardive réapparition du grec dans l’enseignement occidental, à la Renaissance (allant de pair avec l’hébreu), dans le sillage de l’humanisme. Ainsi Erasme s’enflamme-t-il en 1518, dans son « Art de la vraie théologie », pour appeler au renouveau de ces études : « En ce qui concerne la connaissance des Lettres, qui nous sert à mieux atteindre ce but [la connaissance de la Bible, qui est un peu le but de tout enseignement, ndr], sans discussion notre premier souci doit être d’apprendre à fond les trois langues, latine, grecque, hébraïque. Il est en effet évident que c’est dans celles-ci que toute l’écriture mystique a été transmise (…) Ne m’abandonne pas tout de suite ici, ami lecteur, rebuté par la difficulté du travail, comme si tu avais reçu un coup de massue. Pourvu que ne manquent ni précepteur, ni courage, il te faudra moins de travail pour apprendre ces trois langues, qu’il n’en faut aujourd’hui pour apprendre à balbutier la moitié d’une seule. »

Publié par renardvoyageur dans Non classé | RSS 2.0

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