04-05-2015

Le ratage de l’investissement

Petit jeu élyséen. Leçon numéro?1?: parler le “Taubira”. Dire “signal d’investissement” (mot de gauche) et pas “augmentation de la rentabilité du capital” (mot de la droite). Mission remplie à 100?% le 4?avril aux Forges de Trie-Château. Leçon numéro?2?: parler le “Aubry”. Dire “encourager l’acte d’investir” et pas “les profits font l’investissement de demain”. Aucune difficulté?: le mot “profit” est banni du langage gouvernemental. Leçon numéro?3?: surtout ne pas parler le “Gattaz”. Le président du Medef est certes reçu à l’Élysée, mais pas question de le raccompagner sur le perron en dénonçant dans son sillage “les contraintes pesant sur nos entreprises”.

Est-ce que tout cet entrelacs d’interdits, enfermé dans une correspondance étroite entre “politiquement” correct et “vocabulairement” correct, peut faire une bonne politique en faveur de l’investissement?? A priori non, tout ce réseau “contourné” entrave le déclic pour le choc de confiance en ne levant pas les freins psychologiques des entrepreneurs. Le story telling de gauche nuit gravement à l’efficacité de la stratégie gouvernementale de redressement économique, qualifiée de “libérale” par les opposants de l’intérieur. “Maintien du cap”, explique d’ailleurs frileusement l’exécutif, comme pour s’excuser de persévérer.

“Est-ce que tout cet entrelacs d’interdits, enfermé dans une correspondance étroite entre “politiquement” correct et “vocabulairement” correct, peut faire une bonne politique en faveur de l’investissement??”

À la veille du congrès de juin du parti socialiste, il semble plus important pour le sommet de l’État de ne point heurter des frondeurs hostiles à tout “cadeau” aux entreprises, que de délivrer un message clair, et massif, sur l’aide à l’investissement. Il y a pourtant urgence?: après six années de crise, l’outil de production est vieilli et usé. Il y a d’autant plus urgence que sans coup de fouet sur l’équipement productif, la reprise ne débouchera pas sur une croissance durable. Hors embellie, le potentiel plafonne à moins de 1?% (estimation Natixis).

Actuellement, l’investissement des entreprises françaises est quasiment de 10?% inférieur à son niveau d’avant-crise de 2007. Le recul de la profitabilité et des perspectives de demande faible expliquent cette panne persistante de sept ans. Malgré un solide tonus attendu cette année pour la croissance, l’Insee ne prévoit qu’une “stabilité” sur le front de l’investissement. C’est un paradoxe et un danger. L’OCDE partage cette analyse d’une reprise sans investissement. Il reste “atone”, observe l’OCDE.

Attention toutefois, le berceau se remplit de beaucoup de conditions favorables. De fait, le taux de marge des sociétés non financières est en train de se redresser très nettement, et devrait atteindre 31,3?% au deuxième trimestre. “C’est encore un peu en dessous de la moyenne d’avant-crise, à 32,7?% sur la période 1988-2007”, souligne l’Insee dans sa Note de conjoncture. Ce n’est pas si mal?! Selon l’Insee, c’est dû à la conjonction de trois facteurs?: la montée en charge du CICE, la mise en œuvre du Pacte de responsabilité et de solidarité, et la poursuite de l’amélioration des termes de l’échange. Les deux premiers sont les témoins de la politique de l’offre engagée depuis le 14?janvier 2014 par François Hollande. Qui prétend que ça ne marche pas?? Le troisième élément découle directement de la baisse de 50?% du prix du baril de pétrole et de la dépréciation de l’euro face au dollar.

“D’aucuns mettent en doute la manœuvre en se demandant ce que font les banques de l’argent donné à 0?% d’intérêt”

Ce n’est pas tout. Jamais les conditions de financement n’ont été aussi détendues. Merci à la BCE (Banque centrale européenne) qui inonde de liquidité les banques pour qu’elles se tournent massivement vers le crédit aux entreprises. D’aucuns mettent en doute la manœuvre en se demandant ce que font les banques de l’argent donné à 0?% d’intérêt… Les faits trancheront. En attendant, les taux d’intérêt réels sont calés sur le mode diminution.

Pourquoi alors cette timidité face à la décision d’investir?? L’Insee considère que le faible taux d’utilisation des capacités de production – à 80,4?% contre une moyenne de longue période de 84,6?% – limite la capacité de rebond de l’investissement. Il est possible de répondre à un gonflement des achats avec le matériel existant. Les praticiens ajouteront toute une série de raisons plus subjectives mais bien réelles. De l’intensité fiscale à l’instabilité juridique et normative, en passant par l’état d’esprit pas vraiment jugé “business friendly”.

Dans un tel nœud de contraintes, le plan gouvernemental aura du mal à inverser la courbe de l’investissement. François Hollande aura en tout cas minutieusement préparé le terrain pour le séminaire gouvernemental du 8?avril consacré à la relance de l’équipement productif. Le déminage est tous azimuts. Un accord in extremis sur l’augmentation des péages autoroutiers va déclencher 3,5?milliards d’euros de travaux publics – malgré la résistance de Ségolène Royal… La BPI (Banque publique d’investissement) verra son enveloppe de prêts passer à 8?milliards d’euros. Mais les utilisateurs des crédits BPI ont toujours à fournir de solides garanties, au besoin sur leurs biens propres. Un fonds d’un demi-milliard d’euros sera apporteur de fonds propres.

Publié par renardvoyageur dans Non classé | RSS 2.0

Le dicton du jour |
h e r |
Life-is-maybe-unfair |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le renard vert
| Sharpay10
| Moidu38120